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Mal connu du grand public, l’auteur René Fallet mérite pourtant que l’on s’attarde sur son parcours, son œuvre et ses amis. N’est-il pas le père de «Banlieue Sud-Est », « Les Vieux de la vieille », « Le Triporteur » et « La soupe aux choux » ? René Fallet est né le 4 décembre 1927, à Villeneuve Saint Georges en Seine et Oise. « Une vraie banlieue : moitié ville et moitié campagne » écrivait-il. Le communisme de son père, par ailleurs syndicaliste, laissera une empreinte réelle dans la conscience politique de Fallet. « Le fils du cheminot communiste de Villeneuve Saint Georges est un révolté perpétuel contre l’injustice et les privilèges » souligne Michel Lécureur. René Fallet obtient son certificat d’études en 1940, alors qu’il est déjà l’auteur de plusieurs poèmes. Pendant l’occupation, il occupe plusieurs emplois : manutentionnaire, coursier, apprenti foudrier. Après un bref passage dans l’armée, il entre au journal Libération en octobre 1945 sur la recommandation de Blaise Cendrars. L’auteur, qui sera une des personnalités clés de la vie de Fallet, est charmé par ses poèmes et lui écrit : « Mon cher poète, puisque vous avez de grandes idées poétiques, il faut les écrire quand et comme elles vous passent par la tête, à leur heure, en vous servant de votre cœur et de votre cerveau (la main y est aussi pour beaucoup) sans vous occuper de personne, et vous verrez que ce n’est pas toujours facile ». Peu de temps après, un premier recueil de Fallet paraissait sous le titre de « Le Périscope ». En 1947, « Banlieue Sud-Est » devient l’événement de la rentrée littéraire. Dès lors, son œuvre sera très diversifiée, entre romans, nouvelles, poèmes, livres pour enfants, articles de journaux, essais et compositions de chansons. Il reçoit dès 1950 le Prix Populiste pour son œuvre de l’époque. Il devient critique littéraire au Canard enchaîné entre 1952 et 1956, rencontre Georges Brassens en 1953 puis sa future femme, Michelle Dubois, en 1955. Il poursuit son travail d’écriture mais développe deux passions, le cyclisme et la pêche à la mouche les années suivantes. En 1964, il se voit décerner le Prix Interallié pour « Paris au mois d’août ». Il souligne pourtant que « les palmarès, souvent négociés au vu d’intérêts dépassant le strict cadre de la littérature, se révèlent souvent être un tissu d’injustice », en invoquant la victoire du Havrais Guy Mazeline, écrivain demeuré inconnu, face à Céline au Goncourt. René Fallet s’est éteint le 25 juillet 1983 à Paris. Les écrits de René Fallet Banlieue Sud-EstLa fleur et la souris Pigalle Le Triporteur « Dans son arrière-boutique, la fleuriste cultivait des arrières-pensées. Et le soleil d’avril étalait tous les diamants de la couronne sur la verrière du marché couvert. Le poussin favori de la garde-barrière mourut de peur à la vue du train de 15 h 27. Dans son arrière-boutique, folle d’amour, la fleuriste effeuillait toues les marguerites. Et le soleil d’avril semait du blanc d’argent sur les gouttières. » Les pas perdus Rouge à lèvres La grande ceinture Les Vieux de la vieille On a peu coutume d’aller chercher ses héros parmi « les plus de soixante-dix ans ». C’est pourtant la gageure qu’a tenue René Fallet : il a écrit un roman d’humour dont les protagonistes sont trois vieux paysans et une vieille paysanne plus un âne cacochyme. Jean-Marie Pejat, Blaise Poulossière et Baptiste Talon habitent le même bourg. La septantaine sonnée, ils découvrent qu’ils s’y ennuient, que plus rien ne les retient dans ce village, ni affections, ni amitiés. Leurs souvenirs sont trop lointains pour être encore de vrais souvenirs. Un soir de fête, ils s’aperçoivent qu’ils soit vieux, terriblement vieux, et que leur place est désormais avec ceux de l’asile départemental de Gouyette. Et nous voilà partis avec eux dans un voyage titubant, drôle et émouvant, une équipée en tout cas pédestre et mouvementée qui les mènera jusqu’à Catherine Cateau, une bonne vieille qui fut aussi leur bonne amie à l’époque, alors que chacun des trois ignore qu’elle a eu des bontés avec les deux autres. Une poignée de main Il était un petit navire Mozart assassiné Paris au mois d’août (Prix Interallié 1964) Ils marchèrent côte à côte, lentement. Plantin n’était pas pressé de la perdre, adoptait un pas de flâneur des deux rives. Elle balançait, heureuse, un petit sac à main noir. Oui, elle était heureuse, épanouie, jeune et vive. Elle devait avoir vingt-cinq ans, ou vingt-six. Elle était même un peu plus grande que lui. Il est vrai qu’elle était anglaise. Henri n’avait jamais parlé à une Anglaise. « C’est le début d’un itinéraire sentimental jalonné de monuments et de souvenirs historiques, d’approches timides, de baisers furtifs, de fous rires. Comme dans les romans chevaleresques, les rencontres dangereuses et les rixes avec un rival jaloux ne manquent pas. Avec succès ou peine le héros s’en tire toujours au mieux puisqu’il gagne le cœur de la belle. Pour Henri Plantin, c’est le bonheur, l’amour, mais aussi l’angoisse de perdre Patricia. Emporté hors de son quotidien grisâtre, Henri Plantin – qui se dit artiste peintre – devient un Lancelot, un Tristan, un Werther prêt à tous les sacrifices. » Un idiot à Paris Charleston Comment fais-tu l’amour, Cerise ?Londres à l’heure de la pop music. Michael Huggins, agent immobilier et célibataire désinvolte, n’attend plus rien de la vie. C’est une petite française de vingt-quatre ans qui va faire découvrir à ce dragueur anglais le plus étrange des sentiments : l’amour. Au Beau Rivage Le braconnier de Dieu ErsatzHitler n’est pas mort : c’est un de ses sosies, un ersatz parfait qui s’est suicidé à sa place, en 1945, dans la chancellerie. Et le Führer, endossant les vêtements et la personnalité de cet ersatz, est devenu le garde-champêtre d’un petit bourg allemand. Le voici aujourd’hui dans une maison de retraite à Nuremberg. Le beaujolais nouveau est arrivéLe quartier général des copains : le Café du Pauvre, bistrot vieillot et charmant de la banlieue parisienne. Les copains : quatre mousquetaires du zinc qui forment une sorte de bande à Bonnot de la chopine. Refusant le monde tel qu’il est devenu, ils lui offrent une maligne et haute en couleur résistance passive. Comment Camadule, Poulouc, Captain Beaujol et Debedeux échappent superbement au métro-boulot-jus de fruits, c’est le thème de ce roman tonique et salutaire. La soupe aux choux Deux vieux paysans, deux amis, le Cicisse Chérasse et le Glaude Ratinier, achèvent modestement leur existence aux confins d’un village bourbonnais en voie de disparition. Un nuit, une soucoupe volante se pose dans le champ de Glaude. Un extra-terrestre en sort, que le Glaude appellera « la Denrée ». La Denrée vit dans un austère astéroïde où les notions de superflu sont inconnues. L’absorption d’une assiettée de soupe aux choux va plonger le voyageur interstellaire dans un tout autre monde, celui du plaisir de vivre, celui aussi de l’amitié. Et ce sera la révolution sur sa planète. Quant au Cicisse et au Glaude, ils vont connaître une fin de vie plutôt inattendue ! Carnets de jeunesse 1, 2 et 3. 1947. Le journal de René Fallet débute, il a 19 ans. Il est déjà convaincu de la puissance de l’écriture. Le journal Libération l’engage comme pigiste, sur la recommandation de Blaise Cendrars. Le deuxième tome s’ouvre sur la mise en route du deuxième roman de l’auteur, « La fleur et la souris », et s’achève avec la mort de son père. C’est le roman d’aventures d’un jeune homme de vingt ans plein de fougue qui rencontre Cocteau, Marais, Pierre Brasseur. Le troisième et dernier volet couvre la période du 9 septembre 1948 à décembre 1950 entre amours, travaux littéraires, expériences cinématographiques, entraînement sportif. « La trilogie sentimentale » L’amour baroque« Else Mortensen, récapitulation. Période du vingt-neuf janvier au vingt-deux mai. Je l’avais vue trente-neuf fois, je lui avais fait seize fois l’amour, dont deux plutôt mal que bien. Elle m’avait écrit quarante-deux lettres. Fin. » Bilan d’une passion, mais un amour baroque ne s’exorcise pas en une formule. Y’a-t-il un docteur dans la salle ? « Lorsque le docteur en médecine Marthe Vivier rencontre l’auteur dramatique Régis Ferrier, ils sont décrits ainsi : « elle et lui se sourirent avant, bien avant, de se haïr ». Tous les sports ont leurs règlements. Le sport d’équipe qu’est la vie d’un couple n’en a pas. En amour, tout est toléré, du coup bas à la balle de revolver en passant par les plus gros mots, le poison, le désespoir, le chantage, j’en oublie et des plus tristes. Il n’existe pas de beau rôle en amour. La guerre y règne, au corps à corps. Quand l’amour meurt, il ne meurt pas, il crève. Vient alors l’heure exquise des vengeances, des jalousies galopantes, des règlements de comptes du conte de fées. Puis celle où l’on ramasse les blessés. Certains guérissent… » L’Angevine Essais Brassens Les pieds dans l’eau (illustré par Blachon) Le vélo (illustré par Blachon). Album de photos Les Halles, la fin de la fête (photos de Martin Monestier). Livre pour enfants Bulle, ou la Voix de l’océan (illustrations de Mette Ivers) – Gallimard Jeunesse. Un roman pour mieux faire connaître la mer aux enfants, et, pour tout comprendre, un supplément de jeux et de questions. A partir de 9 ans. Poésie Chromatiques, poésie 1952 – 1972. Nouvelle Les yeux dans les yeux. Ses livres devenus des films 1957 : « Porte des Lilas » de René Clair (La Grande ceinture) avec Raymond Bussières, Pierre Brasseur, Dany Carrel. 1958 : « Le triporteur » de Jack Pinoteau avec Darry Cowl, Pierre Mondy, Roger Carel, Jean-Claude Brialy. 1960 : « Les Vieux de la vieille » de Gilles Grangier avec Jean Gabin, Pierre Fresnay et Noël-Noël . 1964 : « Les pas perdus » de Jacques Robin avec Michèle Morgan, Jean-Louis Trintignant et Jean Carmet. 1966 : « Paris au mois d’août » de Pierre Granier-Deferre avec Charles Aznavour, Susan Hampshire, Michel de Ré. 1967 : « Un idiot à Paris » de Serge Korber avec Bernard Blier, Dany Carrel, Robert Dalban, Jean Lefebvre. 1969 : « La fleur et la souris » de Jacques Robin avec Pierre Brasseur et Jean Lefebvre . 1971 : « Le drapeau noir flotte sur la marmite » de Michel Audiard (Il était un petit navire) avec Jean Gabin, Jacques Marin, André Pousse, Jean Carmet. 1974 : « Une poignée de main » de Jean-Paul Sassy. 1977 : « Banlieue Sud-Est » de Gilles Grangier. 1978 : « Le beaujolais nouveau est arrivé » de Jean-Luc Voulfow avec Jean Carmet, Michel Galabru, Pierre Mondy. 1981 : « La soupe aux choux » de Jean Girault avec Louis de Funès, Jean Carmet, Jacques Villeret. 1982 : « Le braconnier de Dieu » de Jean-Pierre Darras avec Pierre Mondy, Annie Cordy et Jean Lefebvre.. 1993 : « Au Beau Rivage » de Serge Korber avec Jean Yanne et Geneviève Fontanel. A propos de René Fallet. « Chroniques de la vie quotidienne » (Les Belles Lettres 2006), articles réunis et présentés par Christiane et Michel Lécureur, avant-propos d’Agathe Fallet. Après les « Chroniques littéraires du Canard Enchaîné » (Les Belles Lettres 2004), voici les « Chroniques de la vie quotidienne », publiées principalement dans Franc-Tireur. René Fallet y commente très librement l’actualité des années 50 à 80. Toutes celles et tous ceux qui ont vécu cette période la retrouveront avec plaisir sous la plume d’un écrivain de talent, indéniablement doué pour le journalisme. Grâce à lui, on sourit d’un ivrogne en train de vanter les mérites… de l’eau des Pyrénées, et on redevient grave à l’évocation du procès de Gaston Dominici. Il arrive même à René Fallet de s’intéresser au monde politique. Raymond Lécureur : « René Fallet – Le braconnier des lettres »( Les Belles Lettres 2005). « Jusqu’à ce jour, personne n’avait plus et mieux parlé de René Fallet que René Fallet. Des « Carnets de jeunesse » à la Trilogie sentimentale des dernières années, toute l’œuvre littéraire de René Fallet parle de lui-même. »Banlieue Sud-Est » met en scène sa bande copains à la fin de la guerre dans sa banlieue natale, « Le Triporteur » évoque sa passion pour le football, « La Grande ceinture » ses dures années de jeunesse dans un triste bas quartier de Villeneuve-Saint-Georges, après l’échec de son second roman « La fleur et la souris », qui relatait ses amours débutantes. Et à la fin d’une vie trop courte, « La Soupe aux choux », tel un déchirant conte de fées, évoque l’ultime rêve d’une éternité raisonnablement heureuse d’un homme encore jeune qui sait qu’il va mourir. Aujourd’hui, Michel Lécureur prend le relais et nous parle fort judicieusement de René Fallet, ce jeune homme né dans un milieu populaire, titulaire du seul Certificat d’Etudes Primaires, fou de poésie et de littérature, ce jeune homme sur lequel les fées ne veillaient point et qui voulait être écrivain. » (Agathe Fallet) Déjà biographe de Marcel Aymé et Raymond Queneau, Michel Lécureur revient sur les différents aspects de la vie et de la carrière de René Fallet, entre poésie, littérature, journalisme, cinéma, politique… Un opus primordial pour un écrivain trop souvent oublié. Jean-Paul Liégeois : « Splendeurs et misères de René Fallet », témoignages et entretiens (Denoël). |
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