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Le 9 décembre 1905, la loi sur la séparation des Eglises et de l’Etat est votée (parution au Journal Officiel du 11 décembre 1905). Mais déjà, la séparation des Eglises et de l’Etat figurait dans le « programme de Belleville » des Républicains en 1869. La Commune de Paris décidait elle-même de cette séparation le 3 avril 1871. Le 4 mai 1877, Gambetta déclarait à la Chambre des Députés : « le cléricalisme, voilà l’ennemi ! ». La Ligue Nationale pour la séparation des Eglises et de l’Etat fut fondée le 1er mars 1882. Dix ans plus tard, plusieurs propositions de loi étaient faites devant l’Assemblée, avant les premières délibérations le 21 mars 1905 à la Chambre des Députés. Paul Doumer préside les débats. Après l’adoption à la Chambre le 3 juillet, les discussions s’ouvrent au Sénat en séance extraordinaire le 9 novembre. Un mois plus tard, la loi est adoptée. Les deux premiers articles stipulent : « Art. 1. La République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes sous les seules restrictions édictées ci-après dans l’intérêt de l’ordre public. Art. 2. La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte. » Sites Internet : www.1905-2005.fr/ (Académie des Sciences Morales et Politiques) www.assemblee-nat.fr/12/dossiers/laicite.asp www.senat.fr/rap/l03-219/l03-2190.html
Livres référents : « Laïcité et République – rapport au Président de la République » - Commission présidée par Bernard Stasi (La Documentation Française 2004). La laïcité est une valeur fondatrice et un principe essentiel de la République. Au cours de ces dernières années, des atteintes ont été portées à ce principe dans les services publics et plus largement dans nos quartiers et nos villes. Préoccupé par cette situation, le Président de la République a installé le 3 juillet 2003 une commission chargée de réfléchir à l’actualité du principe de laïcité, de cerner les difficultés rencontrées et de proposer des remèdes. Placée sous la présidence de Bernard Stasi, Médiateur de la République, forte de dix-neuf membres d’origines et de sensibilité les plus diverses, la commission a procédé à plus d’une centaine d’auditions publiques, suscitant dans le pays un très large débat sur la question de la laïcité. Après vingt-trois semaines de travaux et réflexions, la commission a, le 11 décembre 2003, remis au Président de la République son rapport, adopté à l’unanimité. Pour la première fois est exposée au pays une conception consensuelle et précise de la laïcité française, avec ses implications juridiques et concrètes. Les atteintes portées à la laïcité sont dites sans détour, avec lucidité : remises en cause des services publics par des comportements communautaristes, discriminations de fait, violences faites aux femmes, antisémitisme virulent. Face à ces périls, sont avancées des solutions en vue de conforter les services publics, par l’instauration de règles laïques claires et fortes. Dans le même temps, la commission propose des mesures afin que toutes les options spirituelles présentes en France puissent s’y épanouir, conformément à une des finalités de la laïcité : assurer le respect de la liberté de conscience. Sous la direction d’Yves-Charles Zarka : « Faut-il réviser la loi de 1905 ? » (PUF 2005) Le livre étudie le contexte historique et politique du vote en 1905 de la loi de la séparation des Eglises et de l’Etat en France, ainsi que les enjeux actuels d’une révision de cette loi. Sous la direction d’Yves-Charles Zarka : « Cités – Hors Série : L’Islam en France » (PUF ) « Si l’on veut réellement résoudre les problèmes, ou du moins commencer à le faire, si l’on veut empêcher les affrontements de se durcir et de s’étendre, il est nécessaire de regarder la réalité en face. En France s’intériorise, dans la dimension nationale, une bonne part des enjeux de civilisation liés à une opposition de valeur. Il ne s’agit donc pas seulement d’un problème d’importance de l’immigration arabo-musulmane, ni d’intégration en partie ratée, ni de représentation sociale et politique insuffisante. Il s’agit aussi de cela, mais pas seulement. Au cœur des débats, il y a un affrontement de valeurs, c’est-à-dire de modes par lesquels les individus et les groupes se situent les uns par rapport aux autres et se représentent à eux-mêmes. L’islam, on le sait, ne définit pas seulement une religion, mais aussi, et indissolublement, un type de société et même des pratiques politiques. Ses lois ne concernent pas seulement l’individu comme croyant, mais aussi comme être social et politique. C’est pourquoi l’affrontement est inévitable entre, d’un côté, la citoyenneté républicaine liée à l’autonomie, l’égalité de droit et la liberté, et de l’autre, le cadre religieux islamique lié à l’hétéronomie, l’inégalité de droit (entre les sexes) et la soumission. » (Yves-Charles Zarka). L’ouvrage répond à dix questions : Combien y a-t-il de musulmans en France ? le conseil français du culte musulman : une solution ou un problème ? les territoires conquis sur la République ? l’islam en trompe l’œil : presse, radio, télévision, internet ; à la recherche de l’identité perdue ; les femmes : infériorité et oppression ; les frontières du culte ; l’argent de l’islam ; stratégies d’islamisation : vers un islam européen ? islam : vers une phase critique ? Collectif : « Cités 14 – Nouvelles guerres de religion ? » (PUF 2003) « L’on avait assez répété, après Malraux, que ce siècle serait spirituel ! Ce que n’avaient sans doute pas prévu la plupart de ceux qui livraient cette prophétie, c’est que le retour du religieux prendrait les formes violentes, barbares, primitives, que l’on observe dans tant de régions du monde. S’il est vrai, comme on est tenté de le penser, que le XXIème siècle est né le 11 septembre 2001, il faut admettre que la mise en condition est rude. Bien des signes annonçaient une montée vers les extrêmes. On avait vu, au cours des années antérieures, et en Europe même, des prêtres bénir des canons. On avait, ici et là, entendu des appels à la guerre sainte. Nouveaux croisés et candidats au martyre commençaient à fourbir leurs armes. La destruction des Twin Towers et d’une partie du Pentagone paraît avoir donné du crédit à une hypothèse cauchemardesque jusqu’alors peu plausible, voire impensable : une conflagration mondiale ayant la religion pour cause essentielle (...) Le développement économique, l’enracinement de la démocratie, la coopération internationale, la paix là où les conflits risquent d’embraser le reste du monde : autant de réponses rationnelles et légitimes à des menaces dont l’échelle est sans précédent. Mais il est clair que les forces de la raison devront aussi s’exercer à l’intérieur même des religions, comme elle l’ont fait, en Occident, au cours des derniers siècles. Ce n’est pas le moindre des défis auxquels nous sommes confrontés. » (Franck Lessay). Au sommaire de ce numéro : la religion dans le conflit israélo-palestinien ; le 11 septembre annonce-t-il un « choc des civilisations » ? ; l’Islamisme comme idéologie et comme force politique ; Jihad et guerre sainte ; Inde : conflits ethno-religieux ; Ulster : une guerre de religions ? ; le rôle des religions dans les conflits balkaniques ; un entretien avec René Rémond, président de la Fondation nationale des Sciences politiques, membre de l’Académie française.
Jean Baubérot : « Laïcité 1905 – 2005, entre passion et raison » (Seuil 2004) La laïcité instituée par la loi de 1905 n’a rien d’un long fleuve tranquille. On croit le débat apaisé, terminé même, et de nouveau il renaît, souvent là où on ne l’attendait pas… Comment expliquer tant de malentendus, de divergences, de conflits, de haines parfois, suivis d’apaisements et même d’oublis ? Sans quitter le terrain social, Jean Baubérot propose une lecture d’historien et de sociologue pour comprendre l’origine d’une « passion française », ses rebondissements, ses querelles et ses mutations au fil d’un siècle. N’en déplaise à ceux qui voudraient en faire une statut figée dans le marbre, la « laïcité » est une réalité vivante, complexe, toujours recommencée, en proie aux contradictions de l’histoire et peut-être aussi à l’usure du temps. Dès le départ, le « camp laïque » était divisé sur l’interprétation et la portée de la loi de séparation : ce ne sera pas sans conséquences. A-t-on ensuite assez tenu compte des droits de l’homme (et de la femme) ? La laïcité ne s’est-elle pas elle-même laïcisée en chemin ? Ne se trouve-t-elle pas atteinte, au même titre que les religions, par l’individualisme de notre époque, la crise des institutions, les transformations de l’Etat-nation ? Autant de questions nouvelles qui se posent. Leur prise en compte renforcerait l’universalité de cette « invention française », qui pourrait même, à l’inverse de l’anticléricalisme selon Gambetta, devenir un « article d’exportation ». Jean Baubérot, titulaire à l’EPHE de la seule chaire consacrée à la laïcité dans l’enseignement supérieur, a été « l’hérétique » de la commission Stasi : tout au long du livre, il s’élève contre les formes figées de laïcité, qui lui semblent inaptes à régler le problème des religions et des convictions dans l’Etat et la société. Cynthia Fleury : « Dialoguer avec l’Orient » (PUF 2003) « Dialoguer avec l’Orient » ? Le dialogue se serait-il rompu ? A-t-il d’ailleurs jamais réellement existé ? Nous vivons dans un monde divisé, ayant fait le deuil de l’idée de fraternisation universelle, toujours prompt à penser un usage territorial des concepts, l’irréductibilité des idéologies et les cultures en termes de « frontiérisation » indépassable. Or, pour modifier le contexte « sinistré » des relations de l’Occident avec l’Orient arabo-musulman où la concurrence des hégémonismes et l’intransigeance des volontés de domination prévalent de part et d’autres, pour redéfinir un horizon possible de la réconciliation, le « dialogue » est nécessaire. Sans doute, un nouveau dialogue, un dialogue à inventer ou à réinventer, peut-être à rénover. C’est en faisant « retour » à la Renaissance que l’on se propose de chercher ici les schèmes de dialogues permettant de s’articuler, de façon critique et généreuse, au monde contemporain, et d’inventer un rapport nouveau entre Orient et Occident. Ce « retour » n’a rien de passéiste. Il est au contraire une modalité de « réouverture » du dialogue avec l’Orient et la possibilité de lui découvrir une « mémoire ». Contre l’absence et l’oubli du dialogue actuels et la déchirure civilisationnelle, la reformulation de nos héritages communs semble l’unique ligne de fuite indépassable. » Cynthia Fleury poursuit ses recherches au Centre d’Histoire de la Philosophie Moderne du CNRS et enseigne dans le cadre du Cours méthodique et populaire de philosophie, en partenariat avec l’Institut de la pensée contemporaine, l’Université Paris VII et la mairie de Paris. Yves-Charles Zarka & Cynthia Fleury : « Difficile tolérance » (PUF 2004). Ce livre a une double ambition. Premièrement, il comporte un nouveau traité de la tolérance directement lié aux problèmes de notre temps. Ce traité concerne pour l’essentiel la tolérance dans les démocraties constitutionnelles ou libérales aujourd’hui. Le concept de tolérance qui y est élaboré est un concept principalement politique. Sa réalisation ne suppose donc aucune mutation morale de l’humanité. Si les hommes étaient vertueux, il n’y aurait tout simplement pas de problème de tolérance. Si, à défaut d’être vertueux, ils devaient le devenir pour que la tolérance existe, celle-ci relèverait alors d’une bien improbable utopie. Le nouveau concept politique de tolérance est pensé sous la catégorie de structure-tolérance. Deuxièmement, le livre soulève l’un des problèmes les plus sensibles aujourd’hui, en somme un problème qui fâche : le rapport entre Occident et Islam sur la tolérance. Repenser la tolérance en régime démocratique, c’est se donner les moyens de comprendre pourquoi les démocraties doivent lutter contre deux formes de tyrannies qui sont comme deux de ses pathologies internes : la tyrannie de la majorité et la tyrannie d’une minorité (ou de plusieurs).
Henri Pena-Ruiz : « Qu’est-ce que la laïcité ? » (Folio Actuel 2003) « Certains hommes croient en un dieu ; d’autres en plusieurs ; d’autres encore sont athées ou agnostiques. Tous ont à vivre ensemble. Cette vie commune, selon la première Déclaration des droits de l’homme, doit assurer à chacun et la liberté de conscience, qui exclut toute contrainte religieuse ou idéologique, et l’égalité de droit, incompatible avec la valorisation privilégiée d’une croyance. La puissance publique promeut le bien commun. Elle devra donc être neutre sur le plan confessionnel et développer, par l’instruction, l’exercice autonome du jugement. Afin que tous apprennent à vivre leurs convictions sans fanatisme ni intolérance. Ainsi comprise, la laïcité n’est pas de l’ordre d’une option spirituelle particulière, mais constitue une condition de possibilité fondamentale de la vie publique. On ne saurait en conséquence la renégocier sans cesse, notamment au gré des fluctuations du paysage religieux et des rapports de force qui les sous-tendent. » Professeur de philosophie en khâgne au lycée Fénelon (Paris) et maître de conférences à l’Institut d’études politiques de Paris, Henri Pena-Ruiz est aussi l’auteur de « Dieu et Marianne : philosophie de la laïcité » (PUF 1999). Henri Pena-Ruiz : « La laïcité pour l’égalité » (Mille et Une Nuits 2001) |
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