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La première sélection des préférés de la rentrée


Comme tous les ans, pour la rentrée littéraire, les libraires de La Galerne ont beaucoup lu pendant l’été. Voici les premiers livres qu’ils ont retenu pour cette rentrée 2007, avant de retrouver bientôt leurs différents commentaires.

Olivier Adam : « A l’abri de rien » (Editions de l’Olivier, 18€)

Marie se sent perdue. Son mari, ses enfants sont le dernier fil qui la relie à la vie. Ce fragile équilibre est bouleversé le jour où elle rencontre les « Kosovars », ces réfugiés dont nul ne se soucie et qui errent, abandonnés, aux confins de la ville. Négligeant sa famille, Marie décide de leur porter secours. Et de tout leur donner : nourriture, vêtements, temps, argent, elle ne garde rien pour elle. Entraînée par une force irrésistible, elle s’expose à tous les dangers, y compris celui d’y laisser sa peau.

Nathacha Appanah : « Le dernier frère » (Editions de l’Olivier, 18€)

Lorsque David lui apparaît en rêve, Raj se retrouve projeté dans son enfance : les champs de canne, les jeux près de la rivière avec ses frères, le soleil brûlant, les pluies diluviennes. Un bonheur précaire balayé par un cyclone, et l’installation de la famille près de la prison où vivent de mystérieux réfugiés.

Le 26 décembre 1940, l’Atlantic accoste à Port-Louis avec, à bord, quelque 1 500 Juifs, refoulés de Palestine et déportés à l’île Maurice, alors colonie britannique. A cette époque Raj ignore tout du monde et des tragédies qui s’y déroulent. Au soir de sa vie, il est rattrapé par le souvenir de ses évènements, qui l’ont marqué au fer rouge. Et par la honte d’être un homme.

Clémence Boulouque : « Nuit ouverte » (Flammarion, 18€)

« Aux premiers jours de mon amour, j’ai été reconnaissante au monde de m’offrir son ciel clair et surtout les hasards d’un passage sur cette terre – je me répétais que nous vivions, lui et moi, à la même époque, inscrivions les mêmes jours sur nos agendas, et que nous aurions pu naître trop tard ou trop tôt, et nous manquer. Aujourd’hui, une autre simultanéité de vies est venue m’horrifier. Regina et mes grands-parents ont vécu en même temps et rien ne leur était commun. »

Qui se souvient de Regina Jonas ? Ordonnée à Berlin en 1935, elle a été la première femme rabbin au monde. Affrontant l’hostilité de ceux qui refusent la religion au féminin, consciente d’être en sursis dans l’Allemagne nazie, Regina n’a écouté que son « souci des âmes ». Elle est tuée à Auschwitz en 1944. pressentie pour l’incarner à l’écran, Elise part sur ses traces. L’actrice croit ainsi solder une culpabilité : ses grands-parents, négociants en Champagne sous l’Occupation, ont sacrifié aux compromissions d’alors. Avec ce rôle, Elise saisit le passé. Et devine qu’il n’est peut-être plus temps d’expier mais de se tourner vers la mémoire de ceux qui ont su être justes – pour, avec eux, cheminer.

Philippe Claudel : « Le rapport de Brodeck » (Stock, 21.50€)

Le métier de Brodeck n'est pas de raconter des histoires. Son activité consiste à établir de brèves notices sur l'état de la flore, des arbres, des saisons et du gibier, de la neige et des pluies, un travail sans importance pour son administration. Brodeck ne sait même pas si ses rapports parviennent à destination. Depuis la guerre, les courriers fonctionnent mal, il faudra beaucoup de temps pour que la situation s'améliore.
«On ne te demande pas un roman, c'est Rudi Gott, le maréchal-ferrant du village qui a parlé, tu diras les choses, c'est tout, comme pour un de tes rapports
Brodeck accepte. Au moins d'essayer. Comme dans ses rapports, donc, puisqu'il ne sait pas s'exprimer autrement.
Mais pour cela, prévient-il, il faut que tout le monde soit d'accord, tout le village, tous les hameaux alentour.
Brodeck est consciencieux à l'extrême, il ne veut rien cacher de ce qu'il a vu, il veut retrouver la vérité qu'il ne connaît pas encore. Même si elle n'est pas bonne à entendre.
"À quoi cela te servirait-il Brodeck ? s'insurge le maire du village. N'as-tu pas eu ton lot de morts à la guerre ?Qu'est-ce qui ressemble plus à un mort qu'un autre mort, tu peux me le dire ? Tu dois consigner les événements, ne rien oublier, mais tu ne dois pas non plus ajouter de détails inutiles. Souviens-toi que tu seras lu par des gens qui occupent des postes très importants à la capitale. Oui, tu seras lu même si je sens que tu en doutes..."
Brodeck a écouté la mise en garde du maire.
Ne pas s'éloigner du chemin, ne pas chercher ce qui n'existe pas ou ce qui n'existe plus. Pourtant, Brodeck fera exactement le contraire.

Avec ce nouveau roman, Philippe Claudel renoue avec l'ambition et l'ampleur de son livre le plus célèbre Les Âmes grises (289 000 exemplaires vendus, traduit dans 30 langues, prix Renaudot 2003, Grand Prix littéraire des lectrices de Elle en 2004, consacré meilleur livre de l'année 2003 par le magazine Lire), et ajoute à sa galerie impressionnante de personnages un anti-héros aussi singulier et attachant que le couple d'amis de La petite fille de Monsieur Linh (218 000 exemplaires vendus / traduit dans 16 langues).

Rachel Cusk : « Arlington Park » (Editions de l’Olivier, 21€)

Les femmes d’Arlington Park – une banlieue résidentielle en Angleterre – ont tout pour être heureuses. En apparence. Car il n’en est rien. Derrière ces vies tirées au cordeau, frustrations, jalousies, déceptions règnent sans partage. Chacune a le sentiment d’être passée à côté de sa vie. Chacune tente de se révolter, de résister à la banalité, au passage du temps qui émousse le désir, fane la beauté et affaiblit les êtres.

Fille spirituelle de Virginia Woolf et de Nathalie Sarraute, Rachel Cusk raconte vingt-quatre heures de la vie de ces femmes. On entre dans leur cuisine, on les suit au supermarché, dans une cabine d’essayage. On pénètre aussi dans leur conscience et leurs pensées. Arlington Park dynamite les clichés sur la famille, le couple, la maternité, avec une lucidité dévastatrice. C’est un champ de bataille que Rachel Cusk nous montre, un monde « barbare jusqu’à la moelle ».

Vincent Delecroix : « La chaussure sur le toit » (Gallimard, 16€)

Au centre du roman, une chaussure abandonnée sur un toit parisien. Tous les personnages du livre fréquentent le même immeuble, à proximité des rails de la gare du Nord. On rencontrera un enfant rêveur, un cambrioleur amoureux, trois malfrats déjantés, un unijambiste, un présentateur vedette de la télévision soudain foudroyé par l’évidence de sa propre médiocrité, un chien mélancolique, un immigré sans papiers, une vieille excentrique, un artiste (très) contemporain, un narrateur au bord du suicide… et une chaussure pleine de ressources romanesques.

L’imbrication des histoires les unes dans les autres à l’intérieur du roman permet à Vincent Delecroix d’aborder des registres très différents, du délire philosophique à la complainte élégiaque en passant par la satire de mœurs et par la peinture drolatique de la solitude – thème de prédilection de l’auteur.

Eric Fottorino : « Baisers de cinéma » (Gallimard, 14.50€)

« Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »

Philippe Fusaro : « Palermo solo » (La Fosse aux Ours, 17€)

Le baron est né à l’aube du XXe siècle. Le baron n’a rien vu, ni rien su de ce qu’était le XXe siècle dans sa seconde moitié. Le baron est originaire de C. Le baron a dû quitter sa ville natale parce que la Mafia l’a condamné à ne plus y retourner, sauf le 2 novembre, jour de la Fête des Morts. Le baron est un homme d’honneur, il paie sa dette de sang, il paie d’avoir battu à mort un garçon issu d’une famille d’un autre clan.

Le baron vit depuis plus de cinquante ans dans une suite du Grand Hôtel et des Palmes à Palerme, via Roma, à deux pas du port, à deux pas de la mer. Le baron est une rumeur qui circule dans la ville blessée de Palerme.

Jacques Jouet : « Une mauvaise maire » (POL, 12€)

La vie quotidienne dans une mairie de gauche et de banlieue au temps de Chirac est un mélange d’affaires courantes et de situations cocasses.

Marie Basmati, qui n’est pas indienne, est madame le maire. Dans « sa » ville et dans son bureau, elle vit pleinement ses convictions et ses amours. Suivons-là, quelques jours durant. Un scandale rôde.

Michèle Lesbre : « Le canapé rouge » (Sabine Wespieser Editeur, 17€)

Parce qu’elle était sans nouvelles de Gyl, qu’elle avait naguère aimé, la narratrice est partie sur ses traces. Dans le transsibérien qui la conduit à Irkoutsk, Anne s’interroge sur cet homme qui, plutôt que de renoncer aux utopies auxquelles ils avaient cru, tente de construite sur le bords du Baïkal un nouveau monde idéal.

A la faveur des rencontres dans le train et sur les quais, des paysages qui défilent et aussi de ses lectures, elle laisse vagabonder ses pensées, qui la renvoient sans cesse à la vieille dame qu’elle a laissée à Paris. Clémence Barrot doit l’attendre sur son canapé rouge, au fond de l’appartement d’où elle ne sort plus guère. Elle brûle sans doute de connaître la suite des aventures d’Olympe de Gouges, auteur de la Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, de Marion du Faouët qui, à la tête de sa troupe de brigands, redistribuait aux miséreux le fruit de ses rapines, et surtout de Milena Jesenska qui avait traversé la Moldau à la nage pour ne pas laisser attendre son amant. Autour du destin de ces femmes libres, courageuses et rebelles, dont Anne lisait la vie à l’ancienne modiste, une belle complicité s’est tissée, faite de confidences et de souvenirs partagés. A mesure que se poursuit le voyage, les retrouvailles avec Gyl perdent de leur importance.

Dans le miroir que lui tend de son canapé rouge Clémence, l’éternelle amoureuse, elle a trouvé ce qui l’a entraînée si loin : les raisons de continuer, malgré les amours perdues, les révolutions ratées et le temps qui a passé…

Doris Lessing : « Un enfant de l’amour » (Flammarion, 16€)

Londres, été 1939. James Reid, jeune homme rêveur et qui ne vit que par les livres, embarque pour l’Inde avec son régiment. Un voyage infernal, entre solitude, ennui et maladies, commence. Pourtant, lors d’une escale au Cap, sa vie bascule : il croit trouver en Daphne, épouse du militaire qui l’héberge, la femme idéale, l’ange dont il rêvait, la grand amour dont la littérature lui a inspiré le désir quasi mythique. La réalité est tout autre. Dans ce court roman, Doris Lessing met toute sa puissance de conteuse au service de ses thèmes de prédilection : les désillusions de l’amour, le fossé entre fantasme et réalité, et la démission des hommes, plus à l’aise dans le monde des idées que dans la vraie vie.

Dinaw Mengestu : « Les belles choses que porte le ciel » (Albin Michel, 21.50€)

Avec ce premier roman brillant et sensible, Dinaw Mengestu, jeune écrivain américain d’origine éthiopienne, s’impose d’emblée comme un auteur majeur. L’exil, le déracinement sont au cœur de ce roman qui révèle un extraordinaire talent d’écriture et une maturité singulière. Le jeune Sépha a quitté l’Ethiopie dans des circonstances dramatiques. Des années plus tard, dans la banlieue de Washington où il tient une petite épicerie, il tente tant bien que mal de se reconstruire, partageant avec ses deux amis, Africains comme lui, une nostalgie teintée d’amertume qui leur tient lieu d’univers et de repères. Mais l’arrivée dans le quartier d’une jeune femme blanche et de sa petite fille métisse va bouleverser cet équilibre précaire.

Diane Meur : « Les vivants et les ombres » (Sabine Wespieser Editeur,29€)

Avec cette saga familiale qui se déploie sur près d’un siècle, Diane Meur confirme son formidable talent de romancière.

En Galicie, terre rattachée à l’empire habsbourgeois depuis le partage de la Pologne, l’obscure famille Zemka reconquiert le domaine fondé par un ancêtre noble et s’engage fiévreusement dans la lutte d’indépendance polonaise. Pour retracer son ascension puis sa décadence, l’auteur convoque une singulière narratrice : la maison elle-même qui, derrière sa façade blanche et son fronton néo-classique, épie ses habitants. Indiscrète et manipulatrice, elle attise les passions, entremêle les destins, guette l’écho des évènements qui, des révolutions de 1848 aux tensions annonciatrices du désastre de 1914, font l’histoire de l’Europe. Elle est partout, entend tout, garde en elle toutes les ombres d’un passé qu’elle connaît mieux que les vivants. Mais les vivants ont sur elle un avantage qu’elle leur envie : leurs drames, leurs désirs et leur mobilité. Les femmes surtout la fascinent. Condamnées comme à la réclusion dans la sphère domestique, elle sont réduites, de mère en fille et de tante en nièce, à attendre l’amour en scrutant l’horizon.

Michael Ondaatje : « Divisadero » (Editions de l’Olivier, 21€)

Une ferme en Californie, deux sœurs, Anna et claire, et un garçon, Cooper, un amour fou, une nuit d’orage, un père meurtrier : ça commence très fort, comme dans un roman des sœurs Brontë, passions adolescentes et tourments éternels. Les années passent, nous voici à Las Vegas, en plein roman noir. Cooper est devenu un joueur professionnel, et c’est Claire qui lui sauve la mise en le protégeant des gangsters qui veulent sa peau. Changement de décor : le Sud-Ouest de la France, aujourd’hui. cloîtrée dans une maison mystérieuse, Anna se penche sur la vie d’un écrivain du début du XXe siècle, Lucien Segura, et tombe amoureuse d’un manouche. Changement d’époque : cette fois, nous sommes dans un roman de Giono, le Giono stendhalien, caracolant sur les traces de Lucien Segura. Et soudain tout s’éclaire. Anna, Claire, Cooper, Segura, le manouche sont comme les notes d’une chanson, des variations sur un thème, une de ces ritournelles comme en connaissent les artistes pour qui l’Eternel retour n’est pas un vain mot.

Si, comme le pensait Nabokov, tous les grands écrivains possèdent le « pouvoir d’enchantement », alors nul doute qui Michael Ondaatje fait désormais partie d’entre eux. 

Zoya Pirzad : « On s’y fera » (Zulma, 19,50€)

Quand on découvre que Zardjou, l’homme qui remet en question la vie d’Arezou, est marchand de serrures, on peut y voir l’ironie d’un signe plus subtil qu’il n’y paraît. Les apparences sont trompeuses ; on entre avec plus de vigilance et de curiosité dans une belle histoire d’amour. A travers le destin d’une femme active, divorcée, partagée entre sa mère et sa fille, trois générations s’affrontent dans un monde où règne depuis longtemps les interdits et le non-dit. On suit Arezou, au bord du rire ou des larmes, sous la neige, espérant avec elle profiter enfin d’une certaine beauté de la vie. 

Marianne Rubinstein : « Le journal de Yaël Koppman » (Sabine Wespieser Editeur, 19€)

Si Yaël Koppman n’avait pas croisé, à la faveur de ses travaux universitaires, la figure de John Maynard Keynes, sa vie serait probablement restée celle qu’avec un brin de complaisance et beaucoup de dérision, elle dépeint dans son journal intime : la vie d’une trentenaire désoeuvrée, cultivant une relation conflictuelle avec sa mère, vivant en colocation avec son meilleur ami, collectionnant les hommes et s’en remettant en général à sa brillante cousine, Clara, éditrice de son métier. Quand cette dernière lui suggère de se désennuyer en écrivant de la Chick Lit, de la littérature de poulette – genre qui lui conviendrait parfaitement, glisse la perfide – Yaël est piquée au vif : elle écrira, oui, mais sur la filleule de Keynes, son économiste préféré, qui était aussi la nièce de Virginia Woolf, son écrivain préféré. Bien consciente que la figure d’Angelica Garnett, puisque c’est d’elle qu’il s’agit, lui tend un étrange miroir, elle se lance à corps perdu dans des recherches sur cette petite fille qui a grandi solitaire parmi les grandes figures de Bloomsbury, qui a vécu bien malgré elle la vie quasi communautaire de ces fantasques intellectuels des années vingt et assisté à leurs expériences sexuelles. A travers la vie d’Angelica, c’est bientôt la sienne propre que contemple Yaël, celle de ces enfants des années soixante-dix curieusement frustrés que leurs parents n’aient pas renoncé à leurs utopies. Le constat est acide et sans illusion. Ce journal devient alors, sous couvert d’un aimable récit autobiographique, le roman au vitriol d’une génération qui, si l’on en croit l’exemple de Yaël, finira par trouver son équilibre.

Elif Shafak : « La Bâtarde d’Istanbul » (Phébus, 20€)

Préface de Amin Maalouf.

Chez les Kazanci, Turcs d’Istanbul, les femmes sont pimentées, hypocondriaques, aiment l’amour et parlent avec les djinn, tandis que les hommes s’envolent trop tôt – pour l’au-delà ou pour l’Amérique, comme l’oncle Mustafa. Chez les Tchakhmakhchian, Arméniens émigrés aux Etats-Unis dans les années 20, quel que soit le sexe auquel on appartient, on est très attaché à son identité et à ses traditions. Le divorce de Barsam et Rose, puis le remariage de celle-ci avec un Turc nommé Mustafa suscitent l’indignation générale. Quand, à l’âge de vingt-et-un ans, la fille de Rose et de Barsam, désireuse de comprendre d’où vient son peuple, gagne en secret Istanbul, elle est hébergée par la chaleureuse famille de son beau-père. L’amitié naissante d’Armanoush et de la jeune Asya, la « bâtarde », va faire voler en éclat les secrets les mieux gardés.

Avec ses intrigues à foison, ses personnages pour le moins extravagants et l’humour corrosif qui le traverse, La Bâtarde d’Istanbul pose une question essentielle : que sait-on vraiment de ses origines ? Enchevêtrant la comédie au drame et le passé au présent, Elif Shafak dresse un portrait saisissant de la Turquie contemporaine, de ses contradictions et de ses blessures.   

Minh Tran Huy : « La princesse et le pêcheur » (Actes Sud, 18€)

Jamais un conte n’est vraiment innocent, ni tout à fait dénué de cruauté. En la personne de Nam, jeune Vietnamien depuis peu réfugié en France, la narratrice croit reconnaître le prince charmant. Ils sympathisent, se revoient, se confient, s’inventent un territoire secret. Mais quelque chose éloigne les gestes de l’amour : le beau garçon la traite comme une petite sœur. A quelque temps de là, elle accompagne ses parents au Vietnam, où ils retournent pour la première fois. Devant elle, née en France, élevée et protégée comme une fille unique, le rideau se déchire. Les secrets affleurent, les rencontres dévoilent les tragédies qu’ont connues les siens. Que Nam a laissé derrière lui, peut-être…

Alan Warner : « Le dernier paradis de Manolo » (Christian Bourgois Editeur, 28€)

Manolo Follana, séducteur espagnol de quarante ans, s’est aménagé une existence confortable dans sa ville natale. Quand son médecin lui annonce qu’il est atteint d’une grave maladie, le temps s’accélère et le sursis l’incite à sa pencher sur ses souvenirs. Au milieu de sa solitude mélancolique débarque Ahmed, un immigré clandestin qu’il invite à habiter chez lui et que l’aidera à enfin s’ouvrir au monde. Ceci jusqu’au cruel coup de théâtre final où Manolo le vaniteux subira une prodigieuse métamorphose.

Cette « chronique d’une mort annoncée » mêle avec un rare brio l’émotion, l’humour, le travail méticuleux d’une mémoire implacable, des anecdotes hilarantes et des évocations mélancoliques, le comique de la gaucherie adolescente et des prétentions provinciales, la profondeur humaine et la compassion.

   

 

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